Lâcher prise, ça s'apprend : ce que je vois sur ma table de soin
On te dit « lâche prise » comme si c'était un bouton. Ce que j'observe en cabine quand le corps refuse de se poser, trois petits gestes pour t'entraîner chez toi, et ce qui doit passer par ton médecin.
Écrit par Marie-Françoise ·

« Lâche prise. » Combien de fois on te l'a dit ? Une amie, un collègue, ton conjoint, parfois même avec un petit sourire, comme si c'était un bouton qu'il suffisait de trouver. Et toi, tu aimerais bien. Seulement voilà : plus on te dit de lâcher, plus tu sens que tu tiens.
Je vais te faire une confidence : je vois ça presque tous les jours sur ma table. Et je peux te rassurer tout de suite, ce n'est pas un défaut de caractère. Lâcher prise, ça ne se décrète pas. Ça s'apprend, doucement, et ça se réapprend souvent.
Ce que je vois dans les premières minutes
Tu t'allonges, je pose la couverture, et ton corps me raconte déjà ta semaine. Pas avec des mots, avec des petits signes que je connais bien.
- Les mains qui se cramponnent au bord de la table, sans que tu t'en rendes compte.
- La mâchoire serrée, les dents qui se touchent.
- Les épaules qui restent à mi-hauteur, comme si elles attendaient un ordre pour descendre.
- Et mon préféré : quand je soulève ton bras pour le masser, tu le soulèves avec moi. Tu m'aides. Par gentillesse, par habitude, parce que tu as toujours aidé tout le monde.
Ce dernier geste me touche beaucoup. Il dit tout. Beaucoup de femmes que je reçois portent la maison, le travail, les parents qui vieillissent, les enfants qui ne sont plus des enfants mais qui ont encore besoin d'elles. Elles ont appris à tenir. Le corps a appris avec elles. Alors quand on lui demande de tout lâcher d'un coup, sur une table, en dix minutes, il ne sait pas faire. C'est normal.
Les choses ne sont pas venues en cinq minutes, elles ne partiront pas en cinq minutes.
Ce que je ne te demande pas
Je ne te dis jamais « détends-toi ». Je n'ai jamais vu personne se détendre parce qu'on le lui ordonnait, et moi la première, ça m'agacerait.
Je ne te demande pas non plus de dormir, de vider ta tête ou de ne penser à rien. Si ta liste de courses tourne pendant les vingt premières minutes, elle tourne. Si tu as envie de parler, on parle. Si tu as envie de silence, je me tais. Il n'y a pas de bonne façon de recevoir un soin.
Quand tu soulèves ton bras, je ne te gronde pas. Je le repose, je laisse ma main un moment, et je recommence plus lentement. Souvent, la troisième ou la quatrième fois, le bras devient lourd. Tu ne l'as pas décidé, il s'est laissé faire. C'est ça, pour moi, le début du lâcher-prise : pas un effort de plus, un effort de moins.
Ce qui aide, chez moi
Avant le soin, on prend le temps. Je te demande ce qui t'amène, ce que tu recherches, s'il y a des contre-indications (c'est hyper important), et s'il y a des zones de ton corps que tu n'aimes pas qu'on touche. Tu as le droit de dire non à une zone. Te sentir en sécurité, c'est la première condition pour pouvoir te poser.
Ensuite, je fais tout en douceur, et j'adapte mon soin à ton besoin du moment. Certaines femmes se posent mieux avec des mouvements lents et enveloppants, d'autres avec une pression plus franche sur le dos. Certaines se laissent porter par le son des bols chantants plus facilement que par les mains. Je ne le devine pas à l'avance : je regarde, j'écoute, et je change si ça ne vient pas.
Et quand ça vient, ce sont toujours des mots simples, au moment de se relever : « ça fait du bien », « je me suis complètement déconnectée », « ce soir, je ne fais rien, je vais vraiment profiter ». Un lâcher-prise complet, parfois. Parfois seulement un début, et c'est très bien aussi.
Trois gestes pour t'entraîner chez toi
Lâcher prise, c'est comme un muscle qu'on n'a pas utilisé depuis longtemps. On le réveille par petites touches, pas en forçant. Voici ce que je propose à mes clientes, à glisser dans ta journée, sans rien réussir.
- Desserrer la mâchoire : plusieurs fois par jour, vérifie si tes dents se touchent. Si oui, laisse-les se séparer, la langue posée derrière les dents du haut. C'est tout.
- Ouvrir les mains : quand tu attends (le café qui coule, le feu rouge, la bouilloire), pose tes mains paumes vers le haut sur tes cuisses ou sur le plan de travail, quelques respirations. Des mains ouvertes ont du mal à serrer.
- Masser tes épaules toi-même : main droite sur l'épaule gauche, tu pétris doucement le haut de l'épaule, puis tu changes de côté. Une minute chacune, le soir, assise. Pas pour réparer quoi que ce soit, juste pour dire à ton corps que tu t'occupes de lui.
Et pense à boire. Un grand verre d'eau à chacun de ces petits arrêts, c'est un rendez-vous de plus avec toi. Il faut savoir s'écouter, et pour s'écouter, il faut d'abord s'arrêter.
Sois tolérante avec toi-même. Il y aura des jours où tu oublieras tout. Ce n'est pas grave, tu recommenceras demain.
Ce qui n'est pas de mon ressort
J'ai été infirmière pendant trente ans, dont six de nuit à l'hôpital. J'y ai vu beaucoup de gens stressés, et j'en ai gardé une règle : savoir où s'arrête ce que je peux faire.
Ne pas arriver à lâcher prise après une grosse semaine, c'est le sujet de cet article. Mais si tu ne dors plus depuis des semaines, si l'angoisse te prend sans prévenir, si tu as le cœur qui s'emballe, la poitrine qui serre ou l'impression de ne plus rien contrôler du tout, parles-en à ton médecin traitant. Si la tristesse prend toute la place, un psychologue peut t'accompagner. Et si les idées deviennent sombres, n'attends pas : le 3114 répond gratuitement, jour et nuit.
Un massage fait du bien. Il n'est pas une thérapie, et je ne le présenterai jamais comme tel. On ne peut pas tout guérir, mais on peut améliorer beaucoup de choses, à condition de frapper à la bonne porte.
Si tu veux essayer
À l'institut, mes massages du corps durent une heure. Si les mains ne te conviennent pas encore, le recentrage aux bols chantants est une autre porte d'entrée, plus douce pour celles qui n'aiment pas trop être touchées. Et si ton ventre se serre dès que la tension monte, j'en parle plus en détail dans cet article sur le ventre noué.
Si tu ne sais pas par où commencer, mon bilan bien-être féminin est gratuit, et je lis chaque réponse moi-même. J'ai une solution à te proposer, pas la solution. C'est une petite nuance, mais elle existe.
L'institut se trouve à Saint-Nizier-le-Bouchoux, en Bresse, à une trentaine de minutes de Bourg-en-Bresse et de Mâcon, tout près de Louhans et de Pont-de-Vaux. Je reçois uniquement sur rendez-vous, dans une pièce calme, aux couleurs douces, où tu n'as rien à porter pendant une heure. Même pas ton bras.

L'éveil de Neshama : ce qui se passe vraiment pendant le soin
Le soin Neshama, je suis l'une des cinq praticiennes à le pratiquer en France. Je te raconte les quarante-cinq minutes telles qu'elles se passent sur ma table, sans mystère et sans promesse.

Bouffées de chaleur la nuit : ce qui aide à traverser les réveils
Ce que je conseille aux femmes que la chaleur réveille la nuit, pour préparer la chambre, traverser le réveil et se rendormir, sans promesse et sans traitement.
L'esprit Tohi